Pouvoir. Appétit de pouvoir.
Pouvoir d’avoir. Avoir du pouvoir.
Et une fois installés dans leur tour d’ivoire
Ceux qui nous gouvernent refusent souvent de voir
Ils calculent, ils cumulent, ils spéculent, ils dissimulent,
Les chiffres s’accumulent pendant que les colères pullulent.
Et vous belle jeunesse, vous ne demandez qu’une chose
Être écoutée, être entendue, que l’on défende votre cause
Pouvoir. Abus de pouvoir.
Pouvoir de qui se prend pour.
D’autoritaire en arbitraire, ne plus voir en l’autre son frère…
Ils prétendent qu’il n’y a plus de fric.
La statistique est devenue leur esthétique.
Ils traquent à la matraque la critique.
Truquent et tronquent la polémique.
Et ils s’étonnent que la colère gronde
Vit-on vraiment dans le même monde ?
Ils s’étonnent que ça déborde
Quand leur seul credo est le maintien de l’ordre
Ils s’étonnent que la jeunesse se lève
Pour dire la vie dont elle rêve
Mais qu’attendaient-ils ? Le silence ?
La résignation, l’ignorance ?
Ils vous disent : « Rentrez chez vous ! Nous on sait, on s’occupe de tout »
Ils vous disent : « Retournez en cours. Il faut préparer votre avenir »
Mais de quel avenir parlent-ils ?
Croient-ils vraiment que c’est facile ?
Vous aussi vous aimeriez pouvoir !
Pouvoir vivre tout simplement.
Pouvoir apprendre dans de bonnes conditions.
Pouvoir respirer. Pouvoir dire non.
Pouvoir espérer, dès maintenant.
Mais pour cela, y’a pas de doute
Il faudrait qu’ils vous écoutent
Au lieu de persister dans leur politique
antipathique et pathétique, autocratique.
Où l’autocritique est devenue hypothétique.
Pendant qu’ils comptent les sièges qu’ils pourraient conserver, qu’ils pourraient obtenir,
vous, vous comptez les heures et flippez votre avenir
Heures de cours, de transport, de devoirs.
Heures d’angoisse quand vient le soir
Et eux, dans leurs fauteuils en cuir, ils osent dire que vous exagérez !
Ils méprisent vos ressentis, et ce que vous vivez
Mais pourtant la pression que vous subissez, ce n’est pas qu’une impression
C’est une réalité !
La pression, c’est Parcoursup, l’avenir transformé en algorithme déshumanisé
La pression, ce sont des salles de classe non adaptées
Au dérèglement climatique et ses réalités
Et la légitime éco-anxiété qu’ils moquent pour ne pas avoir à l’écouter.
La pression, c’est attendre un prof de philo pour continuer à apprendre à penser
pendant que, non loin d’ici, deux gendarmes surveillent en permanence une maison inoccupée.
Pour sécuriser les biens d’un ministre, ils trouvent de l’argent.
Mais pour l’éducation, c’est bien moins évident.
La pression, c’est l’avenir qui ressemble parfois à une impasse.
Et quand vous dites : « Ça suffit. », ils répondent : « Restez à votre place. »
Quand vous réfléchissez, ils vous trouvent insolents.
Comme si à quinze ans, seize ans, dix-sept ans,
on ne pouvait pas penser pertinemment
Quand vous critiquez, ils vous trouvent trop incisifs
Et ils envoient la bac, ils vous trouvent excessifs !
Quand vous vous mobilisez, ils parlent de récupération,
Car à leurs yeux sans doute, vous êtes bien trop cons,
incapables bien sûr de penser par vous-mêmes,
trop nuls sans doute pour comprendre le théorème…
Comme si la conscience avait un âge.
Comme si l’expérience était un gage.
Comme si l’avenir devait attendre son tour.
Quand ceux qui nous gouvernent préfèrent rester sourds.
Ce sont pourtant les mêmes qui demain solliciteront votre voix dans l’urne
Quand aujourd’hui ils pensent que vous êtes juste dans la lune
Ils viendront chercher votre voix
Quand aujourd’hui votre voix, ils ne l’écoutent pas !
Ils ouvrent des cahiers de doléances,
Pour mieux diluer l’urgence.
Ils parlent de concertation,
Alors qu’ils ont déjà écrit la partition
Ils parlent de dialogue, mais à huis clos, à l’intérieur des lycées….
Mais pourquoi votre parole devrait-elle rester confinée ?
Parce qu’ils ont peur.
Peur d’une génération qui refuse de baisser les yeux, qui refuse de courber l’échine.
Peur d’une génération qui veut construire, qui imagine
Parce qu’ils le savent, il existe un autre pouvoir.
Le pouvoir de dire. Le pouvoir d’agir. Le pouvoir de s’organiser.
Le pouvoir de faire bouger les lignes. Le pouvoir de résister.
Le pouvoir de transformer l’inacceptable en débat et le débat en changement.
Et ce pouvoir-là, vous l’avez dès à présent.
Ils n’ont pas le droit d’éteindre les rêves de celles et ceux dont la conscience s’éveille
Ils n’ont pas le droit de se boucher les oreilles
Indignons-nous !
Et ne les laissons pas opposer les générations
Vos revendications rejoignent nos revendications
Nous avons le droit de dire quel monde nous voulons
Indignons-nous ! Révoltons-nous !
Ensemble disons leur que nous sommes-là
Que nous ne nous tairons pas !
L’histoire attend nos pas.
L’histoire attend nos voix !




